(H)Amilcar, Suez 1956

Après quelques mois d’inactivités, je relance un article sur le blog ce jour pour vous parler non pas d’une Hotchkiss M201, et encore moins d’une jeep Sahara, mais d’une Wills MB. Pourquoi me diriez-vous ? Tout simplement parce qu’il s’agit d’une jeep utilisée par l’Armée Française, et qu’elle est beige de surcroit. Et les jeeps beiges, ça me parle. Vous verrez de plus qu’il y a quelques liens entre ce sujet, et les M201 Sahara…

Mais commençons par un petit peu d’histoire. En 1956, Nasser décide de nationaliser le Canal de Suez. En réaction, une alliance secrète est créée entre la France, le Royaume-Uni et Israël. Chaque état ayant des intérêts à bloquer les volontés de l’Egypte. S’en suit une attaque d’Israël, et une intervention du couple franco-britannique fin octobre 1956 visant à imposer un cessez-le-feu que Nasser refuse. Tout cela sert de prétexte à une attaque des Français et des Britanniques. En quelques jours, l’armée égyptienne est débordée, mais la pression internationale transforme la victoire militaire en échec diplomatique. Les 2 grands empires qu’étaient la France et le Royaume-Uni ne font plus le poids face aux Etats-Unis et à l’URSS. L’ONU intervient et les forces de l’alliance quittent l’Egypte avant la fin de l’année.

Les troupes françaises et britanniques se préparent sur l’île de Chypre. L’opération, dénommée Musketeer, se déroule en 3 étapes : d’abord des bombardements, puis une intervention aéroportée et enfin un débarquement. L’opération aéroportée débute le 5 novembre. Elle a pour nom de code Amilcar pour les français, et Hamilcar pour les britanniques. Des jeeps sont parachutées. De cette opération il reste quelques photos d’époque prises à Port Fouad. Je vais m’attarder sur les jeeps évidemment et sur leur équipement et configuration très spécifiques.

Patrouille du 2e RCP à Port Fouad en 1956. Les jeeps sont des Willys ITM équipées de radio. Notez le jerrican supplémentaire placé sur l’aile avant gauche, ce qui implique le déplacement de la pelle au-dessus de la roue arrière. Notez également la position de l’antenne à gauche, juste derrière le poste radio.
Une autre jeep en patrouille. Le jeeps sont repeintes en beige et de nombreuses traces d’usures sont présentes. La lettre H est un signe commun aux forces franco-britanniques.

Premier détail important, toutes les jeeps, qu’elles soient françaises ou britanniques, sont peintes en couleur sable et marquées d’un H, qui vient du nom de l’opération en anglais : Hamilcar. Ce signe distinctif permet d’identifier les véhicules coalisés. A noter que les jeeps françaises sont soit des Willys soit probablement des Hotchkiss, mais nous sommes en 1956 et les premiers modèles de M201 sont quasi identiques aux Willys MB.

Vue de l’intérieur, un H est présent sur le capot. Les jeeps sont équipées d’un FM dont l’affut rend impossible l’installation du jerrican supplémentaire sur l’aile avant droite.
Une autre jeep sur la plage. Détail intéressant, elle est équipée de pneus Dunlop Trackgrip 6.50×16. Ce pneu équipait les premières jeeps Hotchkiss M201, comme on peut le voir sur la pub suivante. Il pourrait donc s’agir d’une des premières jeep Hotchkiss en version 6V.
Publicité pour la jeep M201. Les premiers modèles sont quasi identiques aux Willys MB, avec les cales sur le capot et les essuie-glaces non protégés. Notez les pneus Dunlop Trackgrip.
Convoi de 2 jeeps et d’un Dodge. La première, immatriculée 46464, inspirera Benoit Bouju dans sa rénovation.

Les britanniques utilisent également des jeeps Willys, mais ils ont aussi des Land Rover Série I et des Austin Champ.

Des paras anglais préparent une jeep MB venant d’être parachutée.
Une Austin Champ lors de l’opération Musketeer. Le H est bien visible sur le capot avant. Elle possède un point commun avec les M201 Sahara…
En effet, les Austin Champ sont équipées d’un préfiltre à air sur l’aile avant droite, tout comme les M201 Sahara! Le montage est tout à fait semblable aux jeeps 6V. Je vous avais dit qu’il y avait des détails qui nous ramèneraient à nos chères sahariennes!!!
Une Land Série I restaurée et aux couleurs de l’armée britannique lors de l’intervention à Suez.

Tsahal possède aussi des jeeps, dont des CJ comme sur la photo suivante.

2 jeeps israéliennes en patrouille dans le Sinaï. La jeep de droite est une CJ2A ou 3A.

Je n’avais pas encore vu une reproduction d’une jeep ayant participé à cette opération. Il faut une Willys MB ou une Ford GPW, voire une M201 originale d’avant 1956 et qui ne serait pas passé par les Ateliers de la Maltournée (c’est comme pour les Sahara, c’est rare…). Les propriétaires de Willys MB ou de Ford GPW préfèrent leur donner un look et une configuration WWII. Ce ne fut pas le cas de Benoit Bouju qui a flashé sur ce modèle en parcourant un livre. C’est un choix audacieux parce que non courant. Je lui laisse la parole, que j’ai agrémentée de quelques commentaires :

« Mon projet a germé lorsque j’ai acheté ma deuxième jeep il y a 3 ans, une jeep radio, Hotchkiss M201 en 24V. Celle-ci était dans sa livrée vert armée française. Je voulais absolument un véhicule qui sorte de l’ordinaire kaki, tout en étant de l’armée française. …ça limitait pas mal le choix.  (ndlr : j’ai connu le même problème…)

C’est une année plus tard, que j’ai eu la révélation, en ouvrant la première page du livre de Paul Gaujac consacré à la Jeep dans l’armée française de 1945 à 2003 : une jeep de l’escadron de reconnaissance du 2° RPC (Régiment de Parachutistes Coloniaux), prise de dos, en patrouille sur les bords de la Méditerranée à Port Fouad en 1956.

Il m’aura fallu presque 3 ans de patience pour dénicher tous les accessoires, en France mais aussi en Belgique, Hollande, Grèce et auprès de mon ami Patrick Tedeschi en Italie (ndlr : Encore quelque chose, ou plutôt quelqu’un qui me relie à ce projet! En effet, Patrick a possédé une superbe M201 Sahara mais aussi une M201 Daguet dont je vous ai parlé dans l’article sur les jeeps post-Sahara. Cette jeep a été rachetée par le fils de Christian H. un hussard éclairé qui possède une M201 Sahara aux couleurs du 1er RHP. Le monde des jeeps originales est petit!!!!).

Mais c’est pour la jeep que ça aura été le plus compliqué car ma M201 ne cadrait plus trop historiquement avec mon projet. J’ai repoussé à plus tard la rénovation, jusqu’en Juillet dernier ou j’ai eu une chance extraordinaire. Pascal Bleuse, le patron de JeepRenovPassion me trouve une Willys de Mai 1945, en 6V. L’affaire faite, il aura passé 3 mois à poncer, remettre la mécanique en ordre, et peindre la machine.

La jeep arrive chez JeepRenovPassion pour un tout nouvel habillage.

La peinture…c’est là que Xavier (ndlr: c’est moi 😉) et son blog sont intervenus !! car bien sûr il y a très peu de photos de jeeps lors de l’opération du Canal de Suez, et quasiment aucune en couleur. D’autre part, l’armée française ne nous a pas laissé la teinte du beige utilisé le 5 Novembre 1956….Grace aux conseils de Xavier, et en comparant plusieurs teintes, j’ai fini par me décider sur un coloris que j’ai fait mélanger. (ndlr : Benoit et moi sommes tombés d’accord sur une teinte qui devait provenir de l’Armée Britannique. Les jeeps ont été préparées à cette opération sur l‘île de Chypre, et elles ont probablement été peintes sur place, avec des fournitures anglaises, d’où ce choix. Ma participation ne se limite qu’à ce conseil, mais à la vue du résultat, je trouve qu’il fut bon !)

Ma jeep Sahara est peinte dans une teinte provenant de chez jeep Sud Est. Mais j’avais peint un jerrican dans un beige anglais, beaucoup plus pâle.
Afin de valider le choix de la couleur, Benoit a comparé une photo actuelle passée en noir et blanc avec une photo d’époque.
Mise en peinture de la jeep.

Ma jeep fait partie de l’Escadron de Reconnaissance du 2°RPC (Régiment de Parachutistes Coloniaux). Il est possible que l’immatriculation que j’ai utilisée (46464) soit celle de la jeep personnelle du Capitaine Schlerdin, patron de l’Escadron. 

Je vous laisse apprécier les détails de la jeep sur les photos que Benoit a prises lors de sa première sortie.

Vue avant, les pochoirs sont comme je les aime: réalistes.
Les équipements radios et le jerrican arrière marqué d’un H.
L’antenne est placée à l’arrière.
Détail sur le FM et son support

L’Escadron saute avec la deuxième vague le 5 Novembre 1956, sur les Salines, au sud de Port Fouad.

L’ensemble du Régiment fait jonction au soir du 5 Novembre, un cessez-le-feu est négocié, qui arrête les hostilités. Le Régiment n’ira pas beaucoup plus loin que Port Fouad. L’escadron lancera des patrouilles le long de la coté. Les seules photos que nous trouvons sont celles de ces patrouilles.

Concernant l’équipement radio, je me suis inspirés des photos les plus connues des 2 jeeps et de l’hélico du GH3. L’équipement de transmissions est composé d’un poste ANGRC9 et son alimentation DY88, et un poste SCR300. »

Encore bravo à Benoit pour cette restauration.

Enfin, je termine cet article en me rappelant que j’avais vu un kit 1/35e de ces jeeps à Suez. Une petite recherche sur Internet me permet de vous en proposez la photo. De plus, je suis tombé sur un diorama d’une rencontre entre 2 jeeps de la coalition. Je vous laisse apprécier.

kit (introuvable) d’adaptation d’une jeep Italieri au 1/35e
Rencontre entre des paras anglais et français.

Voilà, qui clôture cet article, j’espère qu’il vous aura plu et rappelez-vous, il n’y a pas que le kaki dans la vie !

Sur ce,

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Big One

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